Gérer la co-activité sur un chantier : méthode et outils
Plusieurs entreprises au même endroit, au même moment : la co-activité est l'une des premières causes d'accidents graves. Voici comment l'organiser et la prévenir concrètement.
Gérer la co-activité sur un chantier : méthode et outils
Sur un chantier, le danger ne vient pas seulement de ses propres travaux : il
vient aussi de ce que font les autres entreprises à côté. Cette superposition
d'activités — la co-activité — est l'une des premières causes d'accidents
graves dans le BTP. La bonne nouvelle : elle se gère, à condition de l'anticiper.
Qu'est-ce que la co-activité ?
Il y a co-activité dès que plusieurs entreprises interviennent sur un même lieu,
simultanément ou successivement, et que leurs travaux peuvent interférer. Les
risques dits « d'interférence » naissent de cette rencontre : un maçon qui
travaille sous un échafaudage où un autre manipule des charges, une circulation
d'engins qui croise des piétons, des travaux par points chauds près de matériaux
inflammables stockés par un tiers…
Le risque n'est pas la somme des risques de chacun : c'est leur combinaison,
souvent imprévue.
Pourquoi c'est dangereux
Chacun connaît ses risques, mais pas forcément ceux du voisin.
Les plannings se télescopent (une équipe prend du retard et empiète sur la
zone d'une autre).Les responsabilités se diluent : « je pensais que c'était à eux de baliser ».
D'où l'importance d'une coordination qui dépasse chaque entreprise prise
isolément.
La méthode pour la maîtriser
1. Identifier les interférences en amont. Croisez les phases de chaque
entreprise dans le temps et dans l'espace. Où et quand deux activités vont-elles
se superposer ? C'est le rôle du phasage.
2. Planifier pour séparer ce qui peut l'être. Quand c'est possible, on
désynchronise (horaires décalés) ou on sépare les zones. La meilleure
prévention de la co-activité, c'est souvent de l'éviter.
3. Coordonner ce qui ne peut pas être séparé. Quand les activités doivent
coexister, on définit des règles communes : protections collectives partagées,
balisage, circulation, signalisation, consignes.
4. Formaliser dans les bons documents. Sur les opérations soumises à
coordination, le coordonnateur SPS établit le PGC (Plan Général de
Coordination), et chaque entreprise décline sa part dans son PPSPS — en
identifiant explicitement ses risques exportés (ce qu'elle fait courir aux
autres) et importés.
5. Tenir à jour. Un chantier bouge : nouvelle entreprise, retard, modification.
La coordination se réactualise à chaque évolution.
Le rôle du coordonnateur SPS
Sur les chantiers où plusieurs entreprises interviennent, le coordonnateur SPS
est la pièce maîtresse : il harmonise les PPSPS, anime la coordination, et veille à
ce que les mesures de chacun s'emboîtent. Les entreprises, elles, doivent jouer
le jeu : transmettre leur PPSPS à temps, signaler leurs risques exportés, et
respecter les règles communes.
En pratique
La co-activité se gère d'abord sur le papier, avant le chantier : un phasage
clair, des PPSPS qui parlent des autres (pas seulement de soi), un PGC qui
synthétise. Centraliser ces documents et les versionner au même endroit évite le
classique « on n'avait pas la dernière version » — souvent à l'origine des angles
morts.



